SAS-31

SITE OFFICIEL

Au Jardin de la Maison H.

 

Funambule

Épuré comme le reflet d’un vampire

Invisible presque insoupçonné

L’équilibre s’est enfin présenté

J’aperçus le ciel se découvrir

            Marchant sur un fil très menu

            Entre deux pierres il est tendu

            C’est le même qui s’était fendu

            Je n’ai rien pour contrebalancer

            Même pas un brin d’herbe séchée

            J’espère bien pouvoir m’en tirer

 

Courageux comme un devoir sans soupirs

Très courtois et sans se lamenter

L’équilibre a bien voulu persister

Je l’ai caché comme un vieux souvenir

 

            Les cauchemars me sont intrus

            De grands refrains je suis imbu

            Est-ce que vous m’avez reconnu ?

            Mes deux oeillères se sont repoussées

            Je te vois mieux et surtout moins cernée

            Voilà enfin les mille beautés

 

Ferme le temps, accroche l’interrupteur

Ou saisis en peinture ce moment de bonheur


Marginal

Errer à travers les courants

Je cherche un sens à mon sillon

Qui prend de drôles de directions

Je suis peut-être au mauvais temps

 

D’une serrure où je peux te voir

Je me surprends à comparer

Nos façons d’être et d’exister

Chacune pour l’autre un désespoir

 

Errer surtout à contresens

Je marche sans signalisation

Polyrythmie, modulations

Je suis déphasé dans mon sang

 

Je dois bien sûr te décevoir

Mais rien n’altère ma position

Pendant que tu cherches à me croire

J’ai déjà lancé mon avion


Le dernier pont

Une cloison peu convenable

Où j’ai voulu me réfugier

L’oxygène insupportable

Me donne l’illusion de tourner

Une gravité méconnaissable

Me garde les yeux bien fermés

Me rappelle les chants du diable

Qui grondent là-bas, dans la Cité

 

Je n’ai hélas aucun détail

Quant à l’espace qui m’entoure

Tel un voilier sans gouvernail

Dans l’impatience de voir le jour

Je suis coincé dans les entrailles

D’une substance sans contours

Englouti jusqu’à la taille

Vous ne me serez  d’aucun secours

 

J’ai tenté de lever la main

Lorsqu’une rigide paroi

A très rapidement pris soin

De m’instruire sur l’espace étroit

Je me suis résigné enfin

À inspirer moins de fois

Et à faire le deuil du matin

Qui endormirait mon effroi

 

            Je n’ai hélas aucune mémoire

            De toutes les motivations

            Qui ont forcé l’échappatoire

            En commandant l’isolation

            Je viens juste de m’apercevoir

            Qu’entre le monde et ma fiction

            Les fenêtres se changent en miroir

            Pendant que croule le dernier pont

            …le dernier pont….le dernier pont…

            …le dernier pont…

            pendant que croule……le dernier pont



À la Maison H. / Le terrier

texte de Claude Ferland

Ne parlez pas trop fort 

Il se passe des choses

On pourrait vous surprendre

Il se passe des choses 

On pourrait vous surprendre 

Ne parlez pas trop fort

Gardez vos distances 

 

Chuchotements :

Le passage

Souterrain

Ne le dites à personne

Ne parlez pas trop fort

Marchez sans bruit

Tournez lentement la tête

Calculez

Tout ce que vous faites

Ne soyez pas trop

N'existez pas trop

N'en sortez pas trop

Ne dormez pas trop

On pourrait vous surprendre

Ouvrez l'œil

Feignez l'immobilité

Souffle contrôlé

Veillez à ce que vos paupières ne sautillent pas

Réagissez le premier

Avancez

 

Il se passe des choses

 

Le passage

Souterrain

Sans lumières

Avec un minimum d'air

Vous n'avez plus peur

Vous êtes à l'abri

Nous saurons vous aviser

Vous saurez

Les délais sont raisonnables

Vos actes limités

Pour vous camoufler couvrez

Votre visage de terre mouillée

Suivez les parois

Gardez vos distances

Soyez assurés

Pour toutes circonstances

Prévoyez

Encore quelques années

En toute sécurité

 

Il se passe des choses


Insigne Lucidité

Comme une forme symétrique en laquelle je plonge

Une page tournée, un tout nouveau songe

Un courant de vent frais étrangle la fièvre

Un surplus d’oxygène, l’euphorie m’innonde

Une foi cachée me traîne au rivage

Cette sirène égarée me montre la nage

J’ai sombré autrefois pour des raisons sombres

Mais comme tu peux remarquer je n’ai pas de tombe

 

            Éclats d’une insigne lucidité

            Sens-tu les éclats d’une insigne lucidité

                       Here is the joy, je suis un peu moins à l’étroit

                       Here is the joy, je me suis éloigné de mes états

                       Here is the joy, je suis un peu moins à l’étroit

                       Here is the joy, j’ai enfin rangé mes états

J’essuierai les poussières du soufre qui s’égraine

J’imposerai à l’hiver un froid sans mitaines

Comme je n’ai plus de nom, de pays ni d’histoire

Cet instant imprégnera un souvenir de gloire

            Éclats d’une insigne lucidité

            Sens-tu les éclats d’une insigne lucidit

                       Here is the joy, je suis un peu moins à l’étroit

                       Here is the joy, je me suis éloigné de mes états

                       Here is the joy, je suis un peu moins à l’étroit

                       Here is the joy, j’ai enfin rangé mes états


L'insomnie

Le couloir me pointe du doigt

Mains ligotées je marche au pas

J’ai pourtant toute ma liberté

Sans aucun doute ma liberté

Le plancher me fige de froid

L’hiver a levé ses trois mâts

C’est pourtant bien un mois d’été

Sans aucun doute je vois l’été

 

Partout autour on me regarde

On me questionne si je m’évade

Partout l’espace se ferme sur lui

Ou bien je passe ou j’y reste pris

 

Quelques fantômes me questionnent

Pourquoi j’écris…ça vous étonne?

Je prends un peu à l’insomnie

Pour blanchir tout ce que je vois en gris

Les étoiles toujours me raisonnent

Lacèrent les haillons qui m’emprisonnent

Fidèle aspirant de la vie

Je m’en remets à vous, la nuit

 

Partout autour on me regarde

On me questionne si je m’évade

Partout l’espace se ferme sur lui

Ou bien je passe ou j’y reste pris

J’avais conçu depuis longtemps

Une manœuvre illustrée d’un plan

Je suis en fugue mais garde le silence

J’interromps ici ma pénitence

 

Le couloir replie ses doigts

Je prends le chemin  d’un bon pas

Je sens si près la liberté

Sans aucun doute ma liberté

L’aurore qui chante un air froid

Ne m’atteint plus de sa triste voix

Je semble voir régner l’été

Sans aucun doute je vois l’été


Wait For Me

I see my hands burning

But i don’t feel the pain

I wonder if I’m simply dreaming

I search for a meaning in vain

 

Across the city a fire is growing

Floating ashes fill the sky

We feel the heat and flames will follow

Everything is melting, look, a butterfly…

 

A thousand people standing here

Wait for danger to arrive

Here in the crowd, we all shed tears

Destiny has plundered our lives

 

Wait for me it’s dropping bombs

Wait for me I’m feeling numb

As rising steam darkens the clouds 

I hear your voice crying so loud

 

I see my hands shaking

But I’m feeling no vibration

The eternal night has spread its wings

Would you try to bring back the sun?

 

Look around, we have all lost our faith!

Trying to rely on someone when  we can

Where is the doorway to the other land?

I’ve got my life to live, but i feel it’s too late

 

Wait for me it’s dropping bombs

Wait for me I’m feeling numb

As rising steam darkens the clouds 

I hear your voice crying so loud


Kama, the sun

 

Ô Kama, the sun

Cast on me your bright warming rays

Ô Kama, the sun

Lead me to your secret doorways

 

I have learned songs that you cannot hear

In any paradise

But I’ve forgot where the trees are growing

That you planted for me… I’ve forgot

 

Ô Kama, the sun

Soft as the warmest autumn days

Ô Kama, the sun

Shall we just fly together, swept away

 

I have learned to treat all my aches

Without hope for a cure

But I’ve forgot how to feel the silence

In absence of pain… I’ve forgot

 

                       Will you light for me some day         

                       Brighter stars to find my way

                       Is there a kingdom of loneliness?

                       The deeper I go in my soul there is just emptiness

                       You tell me I’m a man

                       But I still don’t hold in my hand

                       The precious seeds of wisdom

                       To you I surrender with questions already heard

 

Ô Kama, the sun

The river speaks to me every day

Ô Kama, the sun

Though I cannot hear what it means to say

 

                    Will I reach some day

                    Higher clouds for me to stay

                    Where sorrow would sometimes take a rest

                    And release  the dark poems written into emptiness

 

                    Will you take me to a land

                   With starry skies and hot sand

                   I am searching for seeds of wisdom

                   As high as I’m able to fly, I cannot see the birds, your birds, any birds…


 

Le Non-lieu

Je m’en vais prendre le sentier

Qu’autrefois j’ai trouvé

Gravé sur un panneau très vieux

“ Voici la route du non lieu ”

Cet endroit est si magnifique

On voit le plat, un peu oblique

Je m’y suis rendu en arc-en-ciel

Le sillon jaune m’a pris sous son aile

 

Le jour s’arrête quand je chante

Et les minutes deviennent plus lentes

Je prends le temps de méditer

Plonger en moi pour me soigner

 

Je m’en vais prendre le sentier

Qu’autrefois j’ai trouvé

Gravé sur un panneau très vieux

“ Voici la route du non lieu ”

On m’a dit que le danger

Était de vouloir y demeurer

Mais moi je ferai le curieux

J’accomplirai le saut périlleux

 

J’ai donc entrepris le voyage

Pour qui devrais-je rester sage?

J’ai tant d’angoisses et d’idées noires

Je préfère y rester quelques soirs 

 

Au non lieu, tout est si léger

Au non lieu, tout est si léger

Au non lieu, tout est si léger

Au non lieu, tout est si léger

Si léger